Thursday, April 11, 2019

Cancer : les soins palliatifs permettent d’atténuer la souffrance

Les soins palliatifs procurent aux patients atteints d’un cancer en phase terminale une qualité de vie non négligeable. C’est ce qu’a fait ressortir le Dr Sahiboullah Sohawon cancérologue et spécialiste en soins palliatifs à la clinique Darné lors de l’émission Allô docteur.

À quelques jours de la Journée mondiale de lutte contre le cancer, observée le 4 février, le Dr Sahiboullah Sohawon cancérologue et spécialiste en soins palliatifs a fait le point concernant les soins palliatifs. Ce, à l’intention des patients atteints de cette maladie à une étape où les traitements ne servent plus à rien. Il a expliqué que les soins palliatifs a des objectifs à court et moyen terme afin de soulager la souffrance et procurer une meilleure qualité de vie au patient et lui permettre de passer plus sereinement l’étape où le cancer s’est métastasé.

« Nous proposons les soins palliatifs à partir du moment où le patient est devenu métastatique, c’est-à-dire que le cancer n’est plus dans un organe mais dans plusieurs parties du corps », a expliqué le spécialiste. Avec la progression de la maladie dans le corps, les chances de guérison sont restreintes d’où la nécessité de traiter les autres symptômes du patient tels que la gestion des douleurs ou de rétablir la mobilité du patient. L’encadrement se fait aussi avec la famille.

Selon le Dr sohawon, le cancer est une maladie redoutable. « À un moment donné il devient résistant aux chimiothérapies, ce qui fait qu’il faut renforcer le traitement pour faire face aux cellules résistantes ». Cela surtout si la maladie a été diagnostiquée tardivement. Au stade quatre de la maladie, il y a très peu de chances de guérison.

Les soins palliatifs proposent une approche pluridisciplinaire, c’est-à-dire que ce n’est pas que le cancérologue qui inter-réagit avec le patient. C’est un travail de groupe avec des professionnels de la santé dans le domaine médical et paramédical. En l’occurrence, un psychologue peut s’avérer nécessaire pour aider une personne à faire face aux détresses psychologiques car elle sera triste en réalisant que ses chances de guérison s’amenuisent et peut faire une dépression ou trouble de l’adaptation ; un physiothérapeute pour les fonctions motrices et un nutritionniste car quand le cancer prend le dessus, le patient est amaigri et requiert un support nutritionnel. Le patient peut aussi choisir d’avoir un accompagnement spirituel en fonction de sa croyance religieuse.

« Il faut aider le patient à garder une bonne qualité de vie jusqu’à la fin », a indiqué le médecin.

L’encadrement s’étend aussi aux membres de la famille. Les proches bénéficient aussi d’un accompagnement. « Il y a un dialogue et ils sont mis au courant de la situation réelle et les étapes menant au fin de vie. Ils peuvent disposer d’un accompagnement psychologique également s’ils le souhaitent », selon le médecin. Chacun a l’occasion de s’exprimer et toutes les décisions sont prises en consultation avec le patient et les membres de la famille. Les soins palliatifs sont aussi disponibles dans le service public à l’hôpital Victoria.

Selon le Dr Sohawon, pratiquement tous les patients qui ont été diagnostiqués d’un cancer bénéficient de soins que ce soit à travers la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie. Il y a aussi l’hormonothérapie et l’immunothérapie. Une bonne partie des patients s’en sortent sauf quand la maladie est à un stade très avancé et les options de traitement sont limitées. Les soins palliatifs prennent alors le relais.

Pourquoi autant de cancer ?

Pour les différents types de cancer, 10 % sont dus à des transmissions de gènes défectueux de génération en génération. Pour les 90 % restants, c’est dû à notre environnement : la qualité de l’air que nous respirons, les aliments qu’on ne mange pas en suffisante quantité et certains métiers qui font que certaines personnes sont plus à risque que d’autres. Chaque type de cancer a des facteurs de risque et moyens de prévention propre à lui.

Par exemple, ceux qui ont des problèmes gastriques chroniques, ont des problèmes au niveau de l’œsophage, sont en surpoids doivent faire attention. Ils peuvent en effet avoir des irritations chroniques sur plusieurs années et cela peut engendrer un cancer au niveau de l’estomac (6ème ou 7ème plus fréquent chez l’homme) ou de l’œsophage supérieur. Comme moyens de prévention, il faut traiter le problème gastrique.

Le cancer de la bouche ou de l’œsophage, est lié à l’abus de boissons alcoolisées sous toutes ses formes. Par ailleurs, tout ce qui contient de la nicotine agresse nos poumons. Il est donc primordial d’éviter ces deux facteurs de risque. Mais il y a aussi des cancers dus à des virus : l’hépatite B et C qui peuvent entraîner des complications graves comme la cirrhose ou le cancer du foie.

Situation du cancer

Une étude menée par l’International Association for Research in Cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique qu’à Maurice, pour 1 200 nouveaux cas de cancer diagnostiqués en 2018, les tumeurs les plus fréquentes chez les hommes se trouvent au niveau de la prostate, du poumon et du côlon. Le plus mortel est le cancer du poumon.

Selon l’étude, parmi les patients atteints d’un cancer colorectal, 25 % peuvent mourir mais les 75 % autres dont la maladie aura été détectée tôt auront bénéficié de traitement comme la colectomie qui leur permettra de vivre plusieurs années. 30 % des patients avec un cancer de la prostate en 2018 vont probablement mourir et 70 % vont s’en sortir.

Pour ce qui est du cancer du poumon, il y a entre 90 à 95 % de décès de ce type de cancer chez les hommes malgré les traitements. Un taux que le Dr Sohawon considère comme étant alarmant.

Chez les femmes, c’est le cancer du sein qui est le plus commun. En comparaison avec le continent africain et les pays asiatiques, les femmes mauriciennes ont entre trois à quatre fois plus de risques d’avoir le cancer du sein. Selon le Dr Sohawon, la femme mauricienne est en train de rejoindre la femme caucasienne dans le risque d’avoir le cancer du sein. Selon lui, il est important de faire des campagnes de sensibilisation afin d’encourager les femmes à faire le dépistage car il y a des traitements disponibles. Le dépistage précoce permet en effet une prise en charge rapide et augmente les chances de s’en sortir.

Le deuxième type de cancer le plus fréquent chez la femme mauricienne est le cancer du col de l’utérus. Avec les mesures mises en place par les autorités à travers des campagnes de vaccination des jeunes filles dès l’école primaire, le taux devrait diminuer. Mais les résultats ne seront visibles que dans cinq à 10 ans car ce sont des mesures prises dans le moyen et long terme.

Puis il y a le cancer des ovaires qui touche plus ou moins les femmes ménopausées. En raison de la forte proportion de femmes dans la tranche d’âge de 40 à 50 ans, il y a une hausse par rapport au nombre de la population.

Les enfants sont aussi touchés par le cancer mais c’est en très petit pourcentage. Le plus commun est la leucémie ou encore les tumeurs cérébrales qui sont rares à Maurice ainsi que les tumeurs rénales.